Enseignante au collège Laennec de Pont-l’Abbé (Finistère) au sein d’une classe de Segpa, Marianne Veil a monté pour ses 16 élèves un projet de danse. Un exercice physique pour ne plus avoir peur du regard des autres.

Les classes d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa) accueillent des jeunes présentant des difficultés scolaires importantes, qui n’ont pas pu être résolues par des actions d’aide scolaire et de soutien. Intégrée au collège, chaque classe regroupe un petit groupe d’élèves. Marianne Veil est professeure des écoles et, après un long parcours en école élémentaire, intervient désormais comme enseignante à Laennec, au sein d’une classe de Segpa de 4e. « Ces jeunes sont très attachants mais ont souvent une confiance et une estime de soi défaillantes. Nous avons monté avec ces collégiens un projet de danse en faisant intervenir un spécialiste en la matière, le chorégraphe Sergio Argiolas, de la compagnie Del Gesto. » Des effets bénéfiques sur le corps et l’esprit

Sergio Argiolas n’a pas été choisi au hasard. Avec de nombreuses créations chorégraphiques à son actif, cet artiste d’origine italienne s’est installé en France en 1990. Son humanité, sa créativité et sa pédagogie en font un intervenant très apprécié dans les milieux artistiques et dans le domaine social et médico-social, notamment auprès des publics de migrants. « Dès la première rencontre avec les élèves, le contact a été très fort », reconnaît Marianne Veil. Sergio Argiolas a souligné que « la danse possède autant d’effets bénéfiques sur le corps que sur l’esprit. Elle facilite la cohésion du groupe ; il devient plus facile pour ces adolescents de tisser des liens dans ces conditions. Cet art majeur a également le pouvoir de booster la confiance en soi. Son principal objectif est d’offrir à chaque jeune la possibilité de renforcer positivement l’image qu’il a de lui-même. Apprendre à ne pas avoir peur du regard des autres et à se dévoiler sans peur du jugement extérieur. »

Ces seize élèves sont inscrits dans un dispositif dit « parcours du spectateur » leur permettant, au terme de spectacles auxquels ils assistent, de les comprendre et les analyser. Ils ont ainsi déjà assisté au spectacle Danser Casa, de Kader Attou, et Mourad Merzouki, au Théâtre de Cornouaille.

« Comme pour beaucoup de jeunes de cet âge, quand les élèves ont fait connaissance avec le chorégraphe, ils étaient plutôt réservés, explique Marianne Veil. Et puis Sergio a proposé ses jeux, son approche du mouvement qui intègre aussi l’émotion sur des musiques qui leur parlent.  » Quelques séances après, le regard de ces adolescents sur eux-mêmes est assez bouleversant. Océane témoigne : « Cet atelier m’a mise en confiance, le regard des autres ne m’impressionne plus, j’écoute la musique et me laisse porter par elle !  » Impression identique pour Noémie  : «  Je suis moins timide, je me sens moi-même, plus légère, plus en confiance. »

Une activité qui plaît autant aux filles et qu’aux garçons

De leur côté, les garçons ont complètement modifié l’idée qu’ils se faisaient de la danse. « Dire qu’elle serait réservée aux filles, c’est vraiment n’avoir jamais dansé, dit l’un d’eux. C’est aussi très physique, et je me sens plus aérien, sans avoir honte de quoi que ce soit.  »

L’un des jeunes entre deux séances est venu voir le chorégraphe entre deux exercices, pour lui dire franco : « Sergio, vous faites un travail de réparation ! »

Les deux adultes insistent : « Chaque jeune prend ce qu’il veut. Aucune contrainte, que le bonheur de se mettre en mouvement sans se soucier du reste. » « Une chose est sûre, les sentiments d’échec et de rejet que certains adolescents peuvent avoir s’estompent. Dans leur rapport au savoir et à l’école, ça se lit aussi tous les jours  », estime l’enseignante.

Ouest France 23 janvier 2020