La 13e édition du « Cultures hip-hop festival » s’achève ce samedi, à Quimper, par une compétition internationale. Parmi les six groupes en lice, la « Dream team » est composée de danseurs qui ont, grâce à une volonté de fer, dépassé leur handicap pour égaler les meilleurs de cette discipline bientôt olympique.

L’année 2024 consacrera le hip-hop comme discipline olympique. Les « bboys » (breakdancers) s’en réjouissent, tout en craignant que leur pratique ne soit enfermée dans une seule « case ». Or, dans la culture hip-hop, pas de case, pas de frontière entre art et sport, pas plus qu’entre valides et personnes en situation de handicap. Cette philosophie est personnifiée par le «  Ill Abilities Crew ». Ce groupe international de danseurs est né en 20O7, sous l’impulsion d’un danseur canadien, Luca Patuelli, alias «  Crazy Legz », qui souffre d’une maladie rare, l’arthrogrypose.

« Pas d’excuses, pas de limites »

Luca Patuelli a peu à peu fédéré des personnes souffrant, comme lui, d’un handicap à la naissance ou depuis un accident. Tous ont dépassé leur infirmité pour devenir des danseurs de classe internationale. Leur slogan ? «  No excuses, no limits » (« pas d’excuses, pas de limites »). Trois de leurs membres seront, samedi, à Quimper. Sous le nom de « Dream team  », ils affronteront cinq autres formations dans un battle international qui promet beaucoup. « Ce sera du haut niveau », entrevoit Youcef. Ce danseur algérien originaire de Tizi Ouzou souffre d’une atrophie des deux jambes et pratique le hip-hop depuis 17 ans. « J’avais 11 ans quand le hip-hop m’a sauvé. Il est tout pour moi. Il m’a donné un autre visage, une autre façon de vivre. Les gens me voient comme un artiste alors qu’ils me regardent bizarrement sans ça  ». Il évoque la «  richesse  » de sa discipline. « Il y a le sport, l’artistique. Tu dois travailler ton style, ton charme… ». Pour cela, il s’entraîne cinq heures par jour. « Comme les autres », dit-il avec humilité.

« Personne n’est mis à l’écart »

Assis à ses côtés, son ami Lucas Perninha acquiesce. Atteint d’une malformation à la jambe gauche, il a découvert cette danse urbaine via «  Bboy junior  », l’un des premiers danseurs handicapés à rester au top comme les valides. Lucas avait 11 ans quand des amis lui ont dit : « Tiens, il y a quelqu’un comme toi dans le DVD !  ». Il s’en souvient comme au premier jour : « Quand je l’ai vu, je me suis dit que je pouvais le faire aussi. Avant j’essayais de grappiller des choses à faire comme les valides. Mais là, c’est comme si j’en avais besoin  ». Il voyage aujourd’hui à travers le monde. Tout comme Ratin, qui devait arriver du Portugal vendredi soir, et « One Rock  », un danseur brésilien valide qui complétera la « Dream team  ». Ils ont accepté l’invitation de la Hip-hop New School pour venir affronter un groupe (« Crew » dans le jargon) du Kazakhstan, de Taïwan, des jeunes Orléanais âgés de 8 à 12 ans, des Quimpérois et une dernière formation qui sortira des qualifications. Pour Youcef, pas question de snober quiconque : « Aux USA ou à Quimper, s’il y a des gens, on doit se donner à fond  ». Lucas est sur la même ligne : « Tout le monde est important dans la culture hip-hop. Personne n’est mis à l’écart ».

© Le Télégramme 08 novembre 2019

Pratique Battle international de hip-hop, samedi, au pavillon de Quimper. Ouverture des portes à 18 h 30. Tarifs : 8/12/15 et 20 € sur place. Attention, mieux vaut réserver : www.hiphopnewschool.bzh

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